jeudi 29 octobre 2015

L'EVEIL 5


Selon le principe d’inversion évoqué au chapitre précédent, j’affirme que les deux témoins seront animés du même esprit qu’Élie. Mais pourquoi justement cet esprit particulier ? Dans le judaïsme, Élie à profondément marqué les esprits et il est l’incarnation de la piété et de la ferveur religieuse. Dans un célèbre passage biblique, Élie s’adresse à Dieu et critique ses coreligionnaires en disant : "[Ils] ont abandonné Ton alliance" (I Rois, 19 : 14). De quoi s’agit-il ? Traditionnellement, l’alliance (brith) désigne un commandement biblique précis : celui de la circoncision (brit milah). Élie accuse ses contemporains d’avoir renoncé à ce signe d’appartenance au peuple juif qui marqua jadis, avec la circoncision d’Abraham, les débuts de l’hébraïsme. La lourde accusation d’Élie l’accompagnera pour longtemps. En effet, selon une tradition midrashique, Dieu a annoncé à Élie, à la suite de ses propos, que désormais aucune circoncision n’aurait lieu au sein du peuple d’Israël sans qu’il y soit présent. Aujourd’hui encore, des chants en l’honneur du prophète Élie sont récités avant la circoncision et la chaise sur laquelle s’assoit le porteur du bébé (ou parfois une autre chaise laissée vide) est désignée comme "trône du prophète Élie". Sa présence virtuelle à toutes les circoncisions est considérée par certains comme une récompense pour son attachement à cette pratique. Pour d’autres, au contraire, cette présence est à considérer comme un acte de réparation (tikoun) : Élie a voulu accuser son peuple d’abandonner l’alliance, il sera donc éternellement témoin de l’attachement des juifs (même très éloignés de la tradition) à ce commandement.

L’agneau de Pâque

D’un point de vue purement religieux chez les juifs, Élie devient le témoin de l’alliance. On le retrouve donc également le jour de la célébration de la Pâque, qui est le principe de l’alliance par excellence. Si l’alliance par Abraham fut fait à un homme et sa descendance, le sacrifice de l’agneau de Pâque sera le symbole de l’alliance avec une nation entière. Cette nouvelle alliance apporte une évolution majeure, car au travers de la Pâque il n’est plus nécessaire d’être directement descendant d’Abraham pour être accepté par Dieu, puisqu’une partie des Cananéens sera absorbée par les Hébreux dans la terre promise quand ils abandonneront leurs rites païens pour suivre le Dieu d’Israël.

Pendant le seder de Pâque l’ombre d’Élie va couvrir le rituel. Après que les convives se soient mis à table, on récite la prière de bénédiction, puis on met de côté la première coupe dite coupe d'Élie: en effet, selon la tradition tirée du prophète Malachie, l'annonce de la venue du Messie doit être effectuée par le prophète Élie, le soir du seder. C'est pourquoi chaque famille juive prépare à l'intention du prophète une coupe spéciale, dite aussi pour cette raison coupe messianique à laquelle nul ne touche jusqu'à ce que le Messie soit venu. Le seder proprement dit peut alors débuter : celui qui préside se lave les mains, puis les symboles déposés sur la table sont expliqués.

Avant le repas, les juifs pieux suivent traditionnellement un rituel particulier pour expliquer le pourquoi de la Pâque. Puis vient le moment du repas proprement dit où sera rompu le pain et bu le vin. Au fil du temps le rituel a dû évoluer, mais dans les grandes lignes il existait déjà du temps de Jésus. Jean, le plus jeune des disciples, était couché sur la poitrine de Jésus dans la position du benjamin de la famille lorsqu'il demandait au père en quoi cette nuit différait de toutes les autres nuits. Il se trouvait donc auprès de Jésus et l'ordre traditionnel du seder était respecté, le plus âgé des disciples se trouvant à la droite de Jésus qui jouait le rôle du père de famille, tandis que le plus jeune (Jean) se trouvait à sa gauche.

Après le repas, on partage le pain de l’aphicoman, mot signifiant dessert (du grec épi kômon, à la suite du festin), épyiqoman en hébreu talmudique. Jésus va alors modifier le rituel pour lui donner une signification nouvelle. Il prend ce pain rompu, qu’Il coupe en morceaux plus petits et qu’Il distribue à ses apôtres. Pour suivre le rituel du seder, Il devrait alors dire : en souvenir du sacrifice de Pessah qui était mangé après s’être rassasié (zéker leqorban pessac hanéék al al hassova : on reconnaît le mot qorban, nourriture issue des sacrifices dont Jésus parle en Marc 7,10-13 pour stigmatiser le mauvais usage qui peut en être fait). Mais il dit : vous ferez cela en mémoire de moi (Luc 22,19), et surtout : ceci est mon corps donné pour vous (Luc 22,19 ). On peut voir dans l’aphikoman un symbole très clair du Messie brisé (pain rompu), nouvel agneau réellement sacrifié.

Jésus prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés.(Mat 26.26-28). Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous (Luc 22,19-20). A ce niveau, la liturgie traditionnelle est alors totalement bouleversée. Car le rite attaché à la quatrième coupe est traditionnellement le suivant : on emplit la coupe puis on dit le shephokh chamate kha : répands ta colère sur les peuples qui ne te connaissent pas, sur les empires qui n’invoquent pas ton nom, car ils ont dévoré Jacob et fait une ruine de sa demeure ; déverse sur eux ta colère, que ton courroux les atteigne, poursuis-les de ton courroux et anéantis-les de dessous les cieux, Éternel… 

Jésus a transformé la prière malédiction en prière de bénédiction sur le seder de Pâque. La malédiction qui frappa le peuple juif pendant près de 2000 ans, est donc grandement liée à ce qui se passe pendant cette fête. Au principe de la Nouvelle Alliance est attachée la bénédiction du Messie et sur ceux qui la refusent, retombe la malédiction qu’ils prononcent eux-mêmes pendant la prière du shephokh chamate kha.

Pour finir, vient la coupe d’Élie pour laquelle le rite est le suivant : on emplit une coupe de vin réservée à ’éliyahou hanaviÉlie, le prophète – puis on ouvre la porte de la maison et on souhaite barouk haba’, béni soit celui qui vient, à ’éliyahou hanavi. À partir de cet instant, la porte de la salle du repas restera ouverte pour permettre au prophète Élie de venir bénir la cinquième coupe, annoncer la venue du Messie et boire cette coupe, selon la prophétie de Malachie : Voici que je vais envoyer le prophète Élie, avant que n’arrive le jour du Seigneur grand et redoutable (Malachie 3,23). On partage donc la quatrième coupe, après avoir dit la prière shephokh chamatekha, mais la cinquième coupe de vin étant réservée pour Élie (ou le Messie), personne n'y touche. Selon la tradition relative à cette coupe, le jour où on en boirait, c'est que le Messie serait à la porte. Boire cette coupe, c'était donc annoncer l'accomplissement de l'espérance d'Israël et l'imminence du Royaume messianique.

Le temps des deux témoins.

Quand on est imprégné de la tradition juive, on comprend le sens essentiel de la mission des deux témoins et pourquoi ils sont revêtus de l’esprit d’Élie. Il est certain ; qu’au terme des quarante-deux mois, symboliquement ils entreront dans une maison à la porte ouverte pour le repas de Pâque et qu’ils boiront la cinquième coupe. On pourra alors considérer que le rituel de Pâque est finalisé et que les jours annonçant le retour de Jésus peuvent être comptés dans les quarante-deux mois qui suivront. Cela implique de facto que Jean Baptiste peut être identifié à Élie dans son temps, mais également les deux témoins dans le leur, car ils auront la même mission, mais développé dans un champ plus large. Un champ universel qui s’ouvre sur les juifs, mais également les chrétiens.

Comme pour l’arche de l’alliance dans le tabernacle et dont les dimensions sont exprimées en demi pour rappeler que le coffre et le couvercle se complètent mutuellement comme un époux et une épouse dans la vie des hommes. Ainsi le temps des deux témoins est la moitié de sept ans et donc de manière évidente il représente une moitié qui cherche son complément. Pour ce qui concerne le repas de Pâque on peut considérer qu’ils le finalisent. Ils compléteraient donc la mission de Jésus qui dura également la moitié de sept ans. Mais ce n’est qu’un aspect de leur mission prophétique. Personnellement je considère que la prophétie de Malachie doit être perçue comme un tout indissociable : Mal 4 : 5  Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, Avant que le jour de l’Éternel arrive, Ce jour grand et redoutable. 6  Il ramènera le cœur des pères à leurs enfants, Et le cœur des enfants à leurs pères, De peur que je ne vienne frapper le pays d’interdit.

En buvant la coupe d’Élie, ils annoncent que le jour de l’Éternel arrive, mais également qu’ils rapprochent les cœurs. Cet aspect de leur mission est aussi essentiel que de compléter le repas du seder de Pâque. Dans le chapitre 3 nous avons vu qu’ils œuvreront à l’unification d’un même peuple entre les juifs et les chrétiens, afin de former un seul corps, celui de l’Épouse qui est également le Temple de Dieu. Ce travail de réunification représente la mission essentielle des deux témoins et quand ils prendront la coupe d’Élie, cela signifiera uniquement que cette tâche est accomplie.

On peut considérer que lorsque l’esprit d’Élie se manifeste, c’est que le Peuple est dans une situation désespérée et proche de son anéantissement pour cause d’infidélité répétée envers l’Éternel. Élie s’était dressé contre Jézabel et annonça sa fin. Élisée poursuivit la mission d’Élie dans les tribus du nord pendant environ 50 ans, sous les règnes successifs de Joram, de Jéhu, de Joachaz et de Joas. Sa mission sera de ramener le cœur des Israélites vers l’Éternel et à terme de réunifier religieusement les deux royaumes. Mais le royaume d’Israël également appelé Samarie et spirituellement Ephraïm, persistera dans son idolâtrie et sera anéanti par les Assyriens en 722 av. J-C. Ephraïm en tant que nation juive cesse alors d’exister et sera reformé plus tard par l’Église du Christ. C’est ce qu’explique l’apôtre Paul quand il parle de la greffe des chrétiens sur l’olivier franc en Romains 11:17  Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été enté à leur place, et rendu participant de la racine et de la graisse de l’olivier, 18  ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu te glorifies, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte.

Élie et Élisée ont donc été envoyés pour ramener le royaume d’Israël vers Dieu, mais le jour de l’Éternel arriva, Samarie fut prise et le peuple déporté. La même chose arrivera avec Jean Baptiste qui est animé de l’esprit d’Élie. Le peuple restera dans la rébellion contre Dieu, jusqu’à l’anéantissement de Jérusalem et de son temple. Les derniers juifs seront déportés et commencera alors le temps des nations.  Avant que s’achève le temps des nations, on peut raisonnablement penser que l’Église qui a mis Jésus à la porte, comme l’a fait l’Église de Laodicée, sera également avertie sur son état avec les conséquences que cela implique, soit son rejet par le Seigneur. Un homme choisit au sein des nations et qui n’est pas un juif sera donc également l’Élie de son temps. Un quatrième Élie en quelque sorte qui scellera le temps des nations. Quelqu’un comme William Marrion Branham  ou David Wilkerson qui ont connus le rétablissement d’Israël comme nation et largement prophétisés sur l’état de l’Église. Le sens de leur mission sera spécifique au christianisme et ne concernera pas Israël. Avec du recul, je considère qu’il ne faudra retenir de leur enseignement et mise en garde, que les aspects relatifs à l’état de l’Église et non ce qui réfère à la mission des deux témoins qui rend caduque la doctrine de l’enlèvement avant les tribulations par exemple. Le quatrième Élie se sera donc dressé principalement contre Jézabel en tant qu’entité religieuse représentée par l’Église catholique et la mondanité qui a gagné le monde évangélique.

Si l’on prend en considération le résultat final des « quatre Élie » qui ont précédés les deux témoins, il apparaît que le peuple ne les a jamais suivis dans son entier et que seule une minorité reste fidèle à Dieu et suit les prophètes dans leur appel. La même chose se produira avec les deux témoins où seule une minorité sortira des systèmes dénominationnels juifs et chrétiens pour former une Epouse parfaite pour le Messie. Sortir des traditions ancestrales et des dogmes forgés au fil des siècles n’est pas une chose aisée, l’apôtre Paul, Lutter, Wesley ou Wilkerson en savent quelque chose et pourtant ils ne s’adressaient qu’à leur communauté respective. Alors, pensez à la mission des témoins qui devront unir des juifs divisés dans leurs communautés et les chrétiens tout autant divisés. Un formidable mouvement de rejet universel verra le jour et on se réjouira même de leur mort en s’envoyant des présents. Apocalypse 11 : 10  Et à cause d’eux les habitants de la terre se réjouiront et seront dans l’allégresse, et ils s’enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre. On pourra alors voir à la télévision le pape avec le grand rabbin de Jérusalem s’embrasser de joie et s’échanger un missel contre le talmud pour bien montrer au monde que rien ne doit changer dans l’ordre religieux établit par le diable.

La mort des deux témoins scellera définitivement l’envoi de l’esprit d’Élie par l’Éternel dans le monde. Il y aura alors eu six hommes qui auront été revêtus de cet esprit très particulier. Cependant la Parole de Dieu nous enseigne que Dieu scelle toujours Ses actions par le chiffre sept. Or nous avons eu six prophètes et il en manquerait donc un pour atteindre la perfection divine. Cependant si le chiffre six enseigne que c’est un chiffre d’homme et donc que c’est par des hommes que la parole prophétique fut annoncée, le chiffre sept est bien présent, car Élisée fut revêtu d’une double portion de l’esprit d’Élie et nous avons donc bien sept « portions » de l’esprit d’Élie qui furent envoyées dans le monde par Dieu. L’action de la Loi et des prophètes qui révèle le sens de la Parole de Dieu est donc parvenue à son terme. La création peut alors s’achever au terme du sixième jour, qui est autant de millénaires, par la création d’un Époux et d’une Épouse parfaite dans l’Univers.

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